Biodiversité génétique : pourquoi nos différences sont essentielles à la Vie
Et si notre capacité à survivre aux changements dépendait précisément de ce qui nous rend différents les uns des autres ?
Quand on évoque la biodiversité, on imagine spontanément une multitude d’espèces animales et végétales. Des forêts luxuriantes peuplées d’oiseaux multicolores, des prairies fleuries, des insectes butinant, des champignons ou encore d’innombrables microorganismes invisibles à l’œil nu.
Mais la biodiversité ne se limite pas à cette richesse que nous pouvons observer.
Il en existe une autre, beaucoup plus discrète, pourtant absolument fondamentale pour l’avenir du vivant : la diversité génétique.
C’est l’un des sujets abordés par le biologiste Marc-André Selosse dans une conférence passionnante qu’il vient de donner récemment.
Et j’ai envie à ce propos, de partager avec toi quelques réflexions qu’elle m’a inspirées.
La biodiversité existe aussi au sein d’une même espèce
Observe deux arbres de la même espèce, deux chats, deux poules ou simplement deux êtres humains.
Ils présentent des ressemblances évidentes, mais aussi de nombreuses différences.
Certaines sont visibles : la taille, la couleur, la morphologie…
D’autres sont beaucoup plus discrètes. Elles concernent notamment le fonctionnement de l’organisme, sa physiologie, sa capacité à utiliser certaines ressources ou sa sensibilité à différentes maladies.
Ces différences peuvent avoir une origine génétique, environnementale ou résulter de l’interaction entre les deux.
La diversité génétique désigne précisément la variété des caractéristiques héréditaires présentes au sein d’une espèce ou d’une population.
Et cette diversité est bien plus qu’une curiosité biologique.
Elle constitue l’une des ressources indispensables à l’évolution du vivant.

Être différent aujourd’hui peut permettre de survivre demain
Imagine une population de plantes vivant dans un environnement relativement stable.
Certains individus tolèrent mieux la sécheresse. D’autres résistent davantage au froid. D’autres encore présentent une sensibilité différente à certains parasites.
Tant que les conditions restent favorables, ces particularités peuvent passer relativement inaperçues.
Mais que se passe-t-il si le climat change brutalement ?
Les individus les mieux adaptés aux nouvelles conditions auront davantage de chances de survivre et de se reproduire.
Leurs descendants pourront hériter de certaines caractéristiques favorables. Au fil des générations, la population pourra ainsi évoluer.
C’est l’un des principes de la sélection naturelle.
La diversité génétique ne garantit pas la survie d’une espèce.
Toutefois, elle lui offre davantage de possibilités d’adaptation, face à un avenir imprévisible.
Une caractéristique peu avantageuse dans un environnement donné peut même devenir précieuse lorsque les conditions changent.
Et c’est là toute la subtilité du vivant :
Ce qui paraît inutile aujourd’hui pourrait devenir essentiel demain.
Quand les populations disparaissent, leur diversité génétique s’appauvrit
Nous entendons régulièrement parler de la disparition, voire d’extinction d’espèces animales ou végétales.
Mais un autre phénomène, moins spectaculaire et pourtant particulièrement préoccupant, se déroule sous nos yeux. Les populations diminuent, parfois considérablement, alors même que les espèces concernées existent toujours.
Or, lorsqu’une population perd une grande partie de ses individus, elle perd inévitablement certaines variantes génétiques.
Ces caractéristiques peuvent disparaître avec les individus qui les portaient. La population restante dispose alors d’un patrimoine génétique potentiellement moins diversifié. Elle peut devenir plus vulnérable à certains changements environnementaux, à la consanguinité ou à l’apparition de nouvelles maladies.
C’est pourquoi préserver une espèce ne consiste pas uniquement à éviter sa disparition totale.
Il faut surtout maintenir des populations suffisamment nombreuses, diversifiées et capables d’échanger des individus et des gènes.
Marc-André Selosse insiste particulièrement sur ce point dans sa conférence.
Une espèce peut être encore présente sur notre planète tout en ayant déjà perdu une partie de ses possibilités d’adaptation. 😢
Et cette perte est malheureusement invisible.
Pourquoi l’humain cherche-t-il autant à uniformiser le vivant ?
L’agriculture a longtemps privilégié des variétés répondant à des critères précis : rendement, calibre, aspect, facilité de récolte ou de conservation.
Ces sélections ont permis des progrès considérables dans certains domaines. Mais lorsqu’elles aboutissent à cultiver de vastes surfaces avec des plantes génétiquement très (trop ?) homogènes, elles risquent également de créer des vulnérabilités.
Imagine cette fois, un champ de blé constitué d’une seule variété.
Si un champignon pathogène parvient à infecter cette variété, il va rencontrer des plantes présentant des sensibilités très similaires sur l’ensemble de la parcelle. À l’inverse, un mélange de variétés possédant des résistances différentes pourra ralentir la propagation de certaines maladies.
La diversité génétique devient alors un véritable outil agronomique.
Il parait alors évident, de devoir aller plus loin en associant différentes espèces végétales, en diversifiant les rotations ou en préservant la richesse biologique des sols. Utiliser plusieurs formes complémentaires de biodiversité, qui contribueront au fonctionnement et à la résilience des écosystèmes cultivés.

Et si, au lieu de chercher systématiquement à corriger les déséquilibres, pourquoi ne pas davantage s’inspirer et s’appuyer sur les mécanismes naturels qui peuvent contribuer à les limiter ?
La diversité du vivant participe aussi à notre santé
Notre relation à la biodiversité est beaucoup plus intime que nous ne pouvons le penser au premier abord. Notre organisme abrite une multitude de microorganismes, notamment dans notre tube digestif.
Ce microbiote participe à la digestion, au métabolisme et au fonctionnement du système immunitaire. Et sa composition dépend, entre autres, de notre alimentation.
Les végétaux apportent une grande variété de fibres et de composés que les microorganismes utilisent différemment, chacun selon ses propres besoins. Diversifier les espèces végétales consommées permet donc d’offrir une plus grande variété de ressources à notre microbiote.
Cette diversité alimentaire contribue à soutenir un écosystème intestinal riche et fonctionnel.
Attention toutefois à ne pas confondre les mécanismes : il s’agit ici de diversité alimentaire et microbienne, et non directement de diversité génétique humaine. Mais ces différentes dimensions illustrent une même réalité : notre santé dépend aussi des relations que nous entretenons avec le reste du vivant.
Nous ne sommes pas des organismes isolés de notre environnement. Nous faisons intégralement partie de ce Grand Tout qui nous entoure.
Préserver les différences, c’est préserver les possibilités
Ce que je trouve particulièrement fascinant dans cette réflexion, c’est qu’elle nous invite à regarder autrement autour de nous. Dans un jardin, une prairie, une forêt ou un potager, la diversité n’est pas simplement une question d’esthétique.
Elle participe aux interactions entre les organismes et peut contribuer à la capacité d’un milieu à traverser certaines perturbations.
Bien sûr, toutes les formes de diversité n’apportent pas automatiquement les mêmes bénéfices, et leur intérêt dépend du contexte écologique.
Mais une chose me semble essentielle :
En réduisant la diversité du vivant, nous risquons de réduire également les possibilités dont il dispose pour évoluer.
Cela m’interroge sur certaines pratiques encore bien présentes. Sur notre façon de cultiver, de sélectionner, d’aménager nos espaces et parfois de vouloir tout maîtriser.
Et si nous pensions davantage à préserver ce qui est différent, plutôt qu’à rechercher systématiquement l’uniformité ?

Et qu’en est-il dans nos élevages ?
Cette question prend une dimension très concrète lorsqu’on s’intéresse aux animaux domestiqués. Depuis des générations, l’humain sélectionne certaines caractéristiques chez les espèces qu’il élève.
Mais quelles conséquences ces choix peuvent-ils avoir sur leur diversité génétique, leur robustesse et leurs capacités d’adaptation ?
C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur et que j’ai choisi d’approfondir à travers mes propres expériences d’éleveuse, de poneys puis de poulets. Expériences qui au fil du temps, m’ont confrontée aux mêmes observations. Tu peux découvrir pourquoi la diversité génétique est précieuse dans nos élevages, en cliquant ICI.
Une conférence de Marc-André Selosse à découvrir absolument
Si cette réflexion t’intéresse, je t’invite vivement à écouter la conférence de Marc-André Selosse qui m’a inspiré ces lignes.
Il y aborde notamment la diversité génétique, les mécanismes de l’évolution, l’appauvrissement des populations, le rôle extraordinaire des microorganismes du sol et les multiples services que nous rend la biodiversité.
➡️ Ce qu’il faut savoir sur la biodiversité (par Marc-André Selosse)
Une conférence riche en découvertes, qui nous rappelle à quel point comprendre le vivant est essentiel pour mieux vivre avec lui. De plus Marc-André est un excellent vulgarisateur, particulièrement pédagogue, et doté d’humour, ce qui rend toujours ces interventions agréables et faciles à suivre.
