Résilience : Savoir ralentir quand le corps crie stop !

Quand le corps crie stop : Illustration de Gaëlle, l'auteur du blog, épuisée, endormie devant son écran, sa canne à la main

La journée avait été plutôt positive. Ce qui, je l’avoue, est rare depuis ce début d’année. Je profite d’une accalmie des caprices météorologiques, pour filer ramasser les œufs, rincer les graines germées et préparer le repas de demain matin pour ma tribu à plumes. Toujours entourée de plusieurs poulets, avides de caresses ou d’une quelconque épluchure de légume.

Ma famille, mes amis, mes confidents, mes complices. Toujours là, à me scruter. Ils connaissent mes faits et gestes par cœur, mes routines, mes élans et mes tourments.

Je veux aller vite avant la prochaine averse. Il y a moins de boue mais ça glisse bien encore. Heureuse de profiter d’un rayon de soleil en cette fin de journée, je regarde autour de moi, m’émerveille des couleurs du ciel, du vert qui revient par touches encore discrètes sur ce bout de campagne creusoise. Je me déconcentre, et inévitablement, mes bottes ripent, m’entraînant dans un mouvement incontrôlé. Je tente de récupérer mon équilibre, sans choquer le seau d’œufs collectés, et sans tomber. Ne rien me casser. Surtout ne pas me blesser…

Il n’y a pas de hasard…

Mon pied droit heurte violemment le bord d’une palette. Douleur intense qui me tire des larmes. Rien d’autre que cette douleur. J’ai eu chaud ! Même pas un œuf abimé dans le seau ! 😅 Pas d’hématome visible en découvrant mon pied. Ça a dû toucher un nerf, ce qui expliquerait la douleur. Je termine mon ramassage, mon travail à l’extérieur et je rentre au bureau, sans plus me préoccuper de ce pied puisque la douleur s’atténue suffisamment pour que je n’y prête plus vraiment attention.

À peine trente minutes que je dors, qu’une crampe de la voûte plantaire me réveille. OK, ça m’arrive encore parfois, ça va passer en quelques secondes. L’étirement me soulage sans pour autant atténuer réellement la douleur. Je me promets de manger des bananes demain.

Les crampes ne vont faire que s’accentuer au fil de la nuit. Je n’ai pas dormi. À peine 4h du matin ! Je me rappelle soudainement que c’est le pied qui a heurté le bois hier soir. Flûte, c’était plus grave que ce que j’ai supposé. Et au vu de la douleur, quelle que soit la position dans le lit, j’aurais tendance à dire que c’est cassé ou bien luxé. Je peine à poser le pied. Je me traîne dans la pièce pour regarder à la lumière l’ampleur des dégâts.

Pas enflé, à peine plus rouge que l’autre, pas de bleu. Curieux. À la palpation, au point d’impact, c’est sensible mais sans plus. Souffrances et crampes sont majoritairement localisées dessous, sur toute la surface inférieure. Nouveau. C’est en touchant ma peau vers la cheville que je décèle d’autres maux. Hum… Pas bon signe. Ma cheville est bloquée, impossible de la mobiliser sans générer des pics de douleur aiguë. Pas enflée, pas bleue ni rouge, mais lancinante : j’opte pour luxations au pluriel. 😞

J’encaisse la douleur de manière générale, donc lorsque ce n’est pas le cas, je m’inquiète. Logique… et trop souvent critique malheureusement. 😰

Ils n’ont que moi. Comment vont-ils manger tout à l’heure si je ne peux pas m’appuyer sur ce foutu pied droit ?

Je note au passage que j’ai de la chance que  ce soit justement ce pied handicapé qui souffre, car l’autre peut me porter, sauter, assurer du mieux qu’il peut. L’inverse aurait été encore plus compliqué à gérer. Mais je ne fais pas le lien avec le choc d’hier, épuisée par cette nuit blanche emplie de souffrances.

Quand le corps crie STOP !

Je prépare de l’argile pour faire un emplâtre, à défaut de mieux, puisque je ne parviens pas du tout à mobiliser ma cheville. Je m’allonge et contre toute attente finis par dormir une petite heure.

Les poulets m’attendent.

L’emplâtre n’a pas bougé, j’enfile une chaussette lâche par dessus, pour ne pas étaler d’argile partout si le film se déchire. Pourvu que je puisse glisser mon pied sans trop de peine dans l’une de mes petites bottes ‘barefoot’ (‘pieds nus’). Pas de semelle, au plus proche du sol. Mon pied a besoin de fonctionner puisque je ne peux pas le toucher, et que je n’ai personne ici pour me soigner. J’empoigne ma canne et me lance dehors sous l’oeil surpris des animaux.

Ils savent que la journée sera différente lorsque je promène ma troisième patte ! 

Je souris déjà en m’imaginant pousser la brouette avec ma troisième jambe toute droite, n’ayant que deux mains ! Curieusement mon pied se pose mieux au sol que cette nuit. Il est moins douloureux, les crampes ayant battu en retraite, ne laissant derrière elles, que de très vilaines contractures musculaires.

Gaëlle marchant à l'aide de sa canne pour aller nourrir les poulets. illustration IA
S’adapter en permanence, sans jamais renoncer

Je ressens et j’entends soudain le craquement au niveau des tarses. Aussitôt un relâchement se produit sous le métatarse concerné ! Quel bonheur ! C’est un bon début. Les tensions me laissent supposer qu’il y a encore au moins deux blocages importants.

Le choc d’hier se rappelle à moi. Faire attention où je marche. Rester ancrée au présent.

Assurer le minimum pour les bêtes, et rentrer me reposer.

Mon pied droit. Ce pied abîmé il y a tant d’années. Et cette laxité qui le caractérise, comme beaucoup d’autres de mes articulations. Le choc sur le dessus a engendré plusieurs déplacements des os vers le bas probablement, bloquant la cheville et créant ces tensions musculaires anormales. Tellement épuisée que je n’ai même pas réalisé.

Re-connexion à soi et acceptation

Je marche en conscience sur le sol, laissant mes pas épouser le terrain. Mon pied craque une seconde fois, libérant un nouveau point de blocage et les tensions allant avec. J’aurais aimé crier victoire après ça, mais je sais qu’il reste encore au moins un truc de coincé.

Par ailleurs, si je retrouve une faculté normale de marche, je me connais, je vais forcer. Mon corps m’en empêche, et c’est parfait ainsi. Même si je peste à l’idée du retard que cela va inévitablement engendrer.

Je suis épuisée depuis trop longtemps, et je ne parviens pas à lâcher prise pour me reposer suffisamment, alors mon corps crie stop. Encore une fois. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais continué de batailler, de lutter, de hurler à l’injustice. Maintenant j’accepte ce qui m’arrive comme un message. Même si je ronchonne, je fais le minimum, et je rentre. J’annule mes rendez-vous et obligations du jour, et ceux du lendemain aussi. Je demande à ma tribu de se tenir exemplaire pour ne pas me surcharger.

Accepter les faits et le besoin de repos est une chose.

Ne pas culpabiliser de m’accorder ce temps pour récupérer en est une autre. 

Post-it de mon ordinateur  : Je choisis et décide au lieu de "il faut que"
Post-it fiché sur mon ordinateur !

J’ai encore du chemin à faire de ce côté-là ! La fatigue est telle que ce jour, je n’ai qu’une envie : disparaître sous la couette ! Là dans l’immédiat j’ai besoin de dormir, et je choisis de m’accorder ce temps nécessaire pour me réparer.

Repos, lecture et écriture

Je sais à présent reconnaître lorsque la fatigue me submerge et qu’il est temps de cesser de lutter. Pas toujours facile de m’y plier, mais au moins j’en ai conscience. Comme j’ai du mal à ne « rien faire » je me plonge dans la lecture d’un roman, et je reprends l’écriture. Si je reste trop longtemps allongée, mon corps me le fera payer. Alterner est le meilleur compromis, ça aussi je l’ai compris. Composer avec le vivant, et non lutter contre.

Mon pied va mieux, mais reste fragile. Je sens qu’au moindre écart, il se bloquera à nouveau ! Suis-je capable de m’accorder plusieurs jours de répit, par choix et sans culpabiliser, ce qui générerait un stress néfaste supplémentaire ? Vaste question !!

Je dis répit et non repos, car il m’est impossible de délaisser les animaux, et quelle que soit la météo, ils ont le droit de manger et d’être soignés. Soit un temps incompressible de 4 à 6h quotidiennement, en mode ‘strict minimum’, et en l’absence d’urgence vétérinaire.

Je me promets de m’écouter et de m’efforcer d’y parvenir.

Pour eux, pour moi.

Les animaux, la nature : source de réconfort pour Gaëlle l'auteur du blog 1VEM
Jardiner, profiter du soleil, des animaux : ça me ressource !

Jardiner pour se régénérer

Avec le retour du soleil et d’un peu de tiédeur, c’est compliqué de rester enfermée à me reposer. Trop frustrant. Je m’accorde donc 2 à 3h par jour pour m’occuper sur le terrain. Faire le tour des arbres, préparer quelques boutures, mettre des plants en terre. Rien d’épuisant physiquement, que des choses plaisantes et enrichissantes. Pour moi, pour les poulets, pour l’écosystème.

Ces moments sont des instants hors du temps. Je ne vois pas l’heure tourner. Et je suis bien.

Mon mental est apaisé, et mon physique aussi. Le soleil me caresse la peau, et sa douce chaleur encore hivernale me remplit le cœur. Les poules s’étalent au sol pour profiter également des rayons bienfaiteurs. Petits bonheurs simples, à portée de main et de regard. La Nature nous comble. On l’oublie trop souvent.

C’est ici, dehors, que je sais me ressourcer, me régénérer, pour continuer d’avancer pas à pas.

Et je suis fière de m’écouter ! Fière de m’occuper à jardiner, tout en m’économisant physiquement. Et le tout sans trop de culpabilité ! Un grand pas en avant !

 


Cet article participe à l’événement interblogueurs “Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : vos clés pour traverser l’épreuve” organisé par Solweig Ely, auteure du blog Chemins de Vies (chemins-de-vies.fr), dédié à la reconstruction après un traumatisme. J’apprécie particulièrement ce blog, et parmi ses nombreux articles passionnants et pédagogiques, l’un de mes préférés est celui-ci car il répond à cette question qui me hante souvent lorsque je me sens si mal : « Pourquoi mes traumatismes reviennent-ils régulièrement frapper à la porte du présent ?« 

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